Deux ans après !

A seulement 23 ans, Alexandra Tavernier a déjà une belle expérience de la vie. La lanceuse de marteau a connu la médaille mondiale en 2015, la descente aux Enfers en 2016 et le bonheur du renouveau cette saison. Elle est ce soir en finale, en quête d’un nouveau podium.

Alexandra Tavernier serait-elle la nouvelle pythie d’Annecy ? La Savoyarde a, en tout cas, un talent certain pour la prédiction. A deux jours de son entrée en lice à Londres, elle déclarait : « J’ai beaucoup plus de régularité qu’avant. Il me manque juste la performance. Je la sens bien. Elle arrive. » Bien vu. Samedi, lors du deuxième concours de qualifications, la spécialiste du marteau entre dans la cage. Premier essai sous la pluie. L’engin retombe dix-neuf centimètres au-delà de la mesure directement qualificative pour la finale, à 72,69 m. L’athlète de 23 ans peut afficher un sourire satisfait. Elle vient de réaliser son meilleur lancer en compétition depuis ses 74,39 m en août 2015, qui lui avaient offert une inattendue médaille de bronze mondiale. « Il y a deux ans, tout était beaucoup plus simple, confie-t-elle. J’y allais plus sur l’insouciance. »
De prime abord, l’étudiante, qui vient de valider sa première année en licence de psychologie (avec 18,30 de moyenne !), n’a pas beaucoup changé. Elle a gardé ce mélange de franchise, de spontanéité et de naturel qui fait le bonheur des médias. Comme lorsqu’elle évoque « le stage de fruits de mer » effectué avec ses camarades lanceurs de l’équipe de France avant les Mondiaux, ou son nouvel hobby, le piano, même si « le solfège est super compliqué ». Pourtant, depuis sa troisième place à Pékin, ça a souvent été tempête sous son crâne. Elle en a bavé et elle ne le cache pas. « L’an dernier, j’évite d’y penser. J’ai fait mon deuil. Rio est une compétition que je n’ai pas abordée avec les bonnes ondes positives. J’y allais à reculons. Là, c’est tout le contraire. »

Une nouvelle vie

Lors des Jeux olympiques, Alexandra Tavernier a terminé à la onzième place. Un résultat loin d’être déshonorant au sortir d’une saison très compliquée, marquée par un changement d’entraîneur. Dans la foulée des championnats du monde de Pékin, elle quitte en effet l’Insep et Walter Ciofani, qui ne pouvait plus la coacher pour raisons personnelles. Elle décide de rejoindre Gilles Dupray, référent national des lancers, à Lannion dans les Côtes-d’Armor. L’adaptation est difficile. « J’ai changé de coach, de lieu de vie et d’entraînement. C’est comme si vous changiez de mari du jour au lendemain. Les attentes ne sont pas les mêmes. Gilles est plus sur du qualificatif, alors que Walter était plus sur du quantitatif. Il a fallu trouver un langage commun. Le breton et le français, ça n’est pas pareil », rigole-t-elle.
Au-delà de tous ces changements, la sociétaire d’Annecy Haute Savoie a subi le contrecoup de sa médaille mondiale et découvert le poids des attentes et de de la pression. Elle a pris des kilos, qu’elle a en grande partie perdus depuis, et fait une petite dépression. C’est finalement grâce à l’aide d’une psychologue, Meriem Salmi, qu’elle a commencé à remonter la pente. « Ce qui manque en France, c’est un suivi psy, estime-t-elle. Il ne faut pas se reposer sur ses lauriers. On est toujours sur la performance et j’étais trop là-dedans. Si on ne prend pas de recul  et si on n’analyse pas ses échecs, ça ne sert à rien de faire du haut niveau. » En septembre dernier, elle a « longtemps hésité avant de reprendre l’athlé ». Après avoir « crevé l’abcès », elle est finalement repartie à l’entraînement grâce au soutien de Gilles Dupray et de ses proches, en ayant le « courage de se relever et d’affronter la réalité ».

« Plus forte mais moins rapide »

Etre à nouveau en finale mondiale, un an plus tard, est déjà une première victoire pour Alexandra Tavernier. Mais la deuxième meilleure performeuse française de tous les temps refuse de s’en contenter. « Plus forte mais moins rapide » qu’il y a deux ans, elle tente de « retrouver cette petite folie » qui lui avait permis de monter sur le podium mondial à Pékin. « Si on regarde les statistiques, il faudra lancer vers 74,50 m » pour décrocher une nouvelle médaille, anticipe-t-elle. « C’est dans un coin de ma tête. » Une nouvelle juste prédiction ?

 

Article FFA

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